Archives pour la catégorie Europe


Arte de Cozina, Antequera

La ronde des tapas

Il se dit que l’art du tapas trouve sa quintessence au Pays basque.  Les Andalous pensent tout autrement.  Et Arte de Cozina, avec sa carte des tapas de plus de vingt propositions, taille en chiffonnade cette idée reçue.

Une verticale exhaustive est donc à portée d’appétit. Tentons le défi ! Qui débutera par une mise en bouche, avant la première amuse-gueule. Chez Arte de Cozina, on ne plaisante pas avec les bonnes manières. Tartinons donc !

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La première tapa sera une soupe froide locale, la «porra»,  que l’on choisira à l’ail, à la tomate ou à l’orange. C’est cette dernière version qu’il faut essayer et même adopter (sa recette imprimée est offerte par la maison). Pain de mie, jus d’orange, huile d’olive et ail donnent  texture et saveur uniques à ce gaspacho.

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Selon l’humeur, on persévèrera dans le liquide, avec par exemple ces escargots en sauce piquante aux amandes (caracoles en guisillo picante de almendras, préparation abusivement étiquetée « facile » ici).

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À la suite de quoi, il sera tentant d’assécher toute cette humidité avec des tapas fort sapides et délicieusement croquantes : croquetas (nombreuses variantes), friture de menus poissons, crevettes embobinées (bobina de langostinos), patounettes de lapinou pânées (chuletitas de conejo).

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En enfin de se rouler dans du moelleux protéiné : hamburgers, tartares et autres délices viandards locaux, tel le prueba de matanza. Qui feront office de douceurs finales, les dolce n’étant pas au diapason…

La verticale de tapas sera arrosée tout du long par un moscatel Flor Floris de la sierra voisine.

Compter une paire d’heures pour passer la moitié des étapes de la verticale. Ayant échoué dans cette ascension, il faudra revenir ! (En demi-pension, chambres et restaurant « classique » étant à disposition des grimpeurs.) Pour louer encore et encore la bienveillance d’Arte de Cozina, ce conservatoire sincère et enjoué de la cuisine andalouse. Qu’il serait tentant d’opposer, de par chez nous, à la mode de la micro-bouchée… (L’invasion des tapas, Le Monde)

♥♥ / €
Arte de Cozina
Calle Calzada 29, Antequera
artedecozina.com

Cefalù

À la plage avec Roger II

Marcher : 5 km (AR)
Manger : à la Tavernetta
Difficulté : il peut faire chaud



Quelques jours à Parlerme vous ont lapidé les yeux : trop de pierres, trop de mosaïques, trop de stuc.  Pourquoi ne pas tenter une sortie hors les murs ? Cefalù offre ses charmes, à une heure de train : cathédrale normande, cité médiévale, plages, restaurants de poisson et rochers à escalader. Un top hit potentiel pour un marchermanger d’été, non ?

Alors bien sûr, une cathédrale de plus nous dira-t-on ?  Piochée dans la riche liste des témoignages locaux du syncrétisme entre cultures occidentales, islamique et byzantine ? Ça ne mange pas de pain, en ces temps de cul serré. Et elles ont fière allure, les tours de Roger II ! Pas même écrasées par la rocca en surplomb. Et encore une mosaïque géante ! D’un Christ en majesté, qui semble de peu de mansuétude pour touristes en short et marchands du temple.

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Olivier Colas (CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=45297004)

Car oui, les marchands ont métastasé dans les ruelles du centre.  Excepté l’acquisition d’une coppola en bas du corso Ruggero, rien à sauver.

S’enfuir vers l’est, non sans avoir visité le cloître et ses chapiteaux. Le contournement de la rocca par le bord de mer offre de splendides panoramas sur Cefalù. Attention cependant à la ronde des bus touristiques, aux chargements et déchargements  plus meurtriers qu’un débarquement de Normands. A hauteur de la marina, au fond d’un étrange parking d’un blanc éclatant,  de la taille d’une aire de joute médiévale, une trattoria d’un certain standing offre terrasse ombragée et vins frais. On choisira une table valorisant la baie côté est et non la marina (le parking restant incontournable). Le service à l’italienne, tout en virile efficacité, n’impressionnera pas le marcheur affamé, qui pourra commander poissons et légumes grillés (en particulier de la trévise, qui se rôtit peu de par chez nous, bien à tort. Mais l’effronté Anglais ose, lui).

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On reprendra le chemin de la plage à travers une zone semi-industrielle, puis un ensemble hôtelier de luxe, enfin le long d’une voie ferrée. Pour aboutir à la plage publique, à condition de trouver l’amorce de son chemin, entre deux établissement de bains tentaculaires. L’ingénierie urbanistique balnéaire italienne est toujours un motif d’admiration et d’accablement.

Mais allongé face à la mer ou en Neptune sur un rocher, le randonneur aura tôt fait d’oublier les vicissitudes du bien commun.

Auberge des Tilleuls, Badefols d’Ans

Burger au canard gras

Fatigué du confit-pommes sarladaises ? Après deux semaines de cabécou et sa salade à l’huile de noix vous pensez que le Périgord est une terre plate ? L’auberge des Tilleuls et son « Mac Coin Coin » feront de la fin de vos vacances un sommet alpin. Imaginez un burger qui ne serait ni revisité, ni retravaillé par un(e) chef à étoiles.  Mais punkifié, quoique mâtiné de poésie locale : abondant effiloché de confit (de canard donc), épaisse tranche de trappe d’Échourgnac, bun joufflu et forêt de salade. Un costume brutaliste qui cache un cœur tendre, doux au gosier et léger sur l’estomac.

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Néanmoins, convient-il de prendre cet exubérant  Mac Coin Coin en direct, en rippant l’assiette de charcuterie ou les moules sauce foie gras  ? Probablement. Mais veillez à ce qu’un convive se sacrifie pour le menu du déjeuner, lequel ouvre ses larges portes par une soupe et son chabròl. Il se termine par un tonneau de framboises (par exemple). Entre les deux, crudités puis plat du jour. Pensé pour un travailleur de force, il est cédé pour le prix d’un ticket-restaurant des gens de la ville. Ah vraiment, le seul défaut de l’auberge des Tilleuls : ne pas proposer de chambre en demi-pension !

En été, on hésitera entre la terrasse côté village, avec sa tonnelle et ses conversations de village, ou celle dite des tilleuls, romantique à souhait. En hiver, la grande salle et son défilé de soupières. Toute l’année, accueil amical, service enjoué.

Avant de quitter le chef-lieu du pays de Cocagne, ne pas faire l’impasse sur trois visites :  l’église, ses enfeux et modillons ; l’imposant château-fort (privé, mais le parc est ouvert aux aventuriers), qui fera frisonner d’envie les enfants et digérer leur Mac Coin Coin aux grands ; la charcuterie,  pour son saucisson à l’ail et sa charcutière.

♥♥♥ / €
L’auberge des Tilleuls
24390 Badefols d’Ans
www.aubergedestilleuls.net

Street food à Palerme

Cibo di strada palermitaine

Manger avec les doigts, c’est bien meilleur. Et si l’Italie assure son panino en matière de street food (voir ce site vertigineux recensant des centaines de trésors urbains cédés à vil prix), la Sicile met la barre très haut, et en particulier Palerme, où le gourmand dénichera au coin de la rue tous ses péchés, sucrés ou salés.

Le prudent et l’économe pourront débuter avec cette liste resserrée, mais le téméraire affamé se lancera à l’attaque toutes mimines déployées, en débutant par les marchés (surtout Ballarò, évocateur de la Bal’harm arabo-musulmane pour peu pour que l’on ait quelque goût pour les fanstamagories historiques et la cassata, qas’at), solution de facilité mais vraie félicité : couleurs, senteurs, musique du sicilien, tout le mettra en appétit. Son initiation faite,  il délaissera alors ces rues balisées pour se lancer dans la quête du venditore ambulante du jour, quête sans fin et sans gloire, qui parfois se conclue l’estomac en capilotade (plus c’est gras, meilleur c’est…) ou entre les jambes (un camion n’a pas d’adresse ). Mais quête honorable. Car l’homme a toujours faim, jusqu’à son dernier jour.

Courir après sa faim à Palerme, donc ? Babbaluci, pane con milza, cozze, sfincione ? Un soir d’hiver où le macabre sicilien traine de trop dans la ville, tentez un quitte ou double avec le pane panelle e crocchè (sandwich de beignet de pois chiches).  Si vous en réchappez, Palerme vous ouvrira grand ses églises-mosquées.


Le burger à la rate de Palerme

Abats à l’italienne (cont’d)

Poursuivons notre tour du monde exploratoire du sandwich aux abats avec la variante palermitaine. Ici le pani câ mèusa (pain à la rate), présenté dans sa déclinaison à la ricotta (marié, maritatu).

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On pourra préférer le lampredotto florentin dégoulinant de sauce verte au sec et fade farci sicilien de poumon et de rate de veau  haché  (version Antica Focacceria San Francesco), mais ceci est un avis personnel, qu’il conviendra de tempérer par la dégustation de la production des nombreux banchetti ambulante de Palerme.

Bourdeilles

Noble dame et douce rivière

Dans la demeure seigneuriale renaissance de cette ancienne baronnie du Périgord, après avoir saluer les grotesques de crédences XVIe, s’installer dans le salon d’apparat, sous son exceptionnel plafond peint à la française. C’est ici que Brantôme courtisa sans succès la vertueuse Jacquette de Montbron, dame architecte du Périgord et de l’Angoulémois.

« Sur tous les Arts, elle ayma fort la Géométrie & Architecture, y estans très-experte & ingénieuse, comme elle a bien fait paroistre en ce superbe édifice & belle maison de Bourdeille, qu’elle fit batir de son invention et seule façon, qui est très-admirable. »

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De Bourdeilles, on appréciera aussi son château médiéval (le donjon se grimpe), son vieux pont sur la Dronne, sur les berges de laquelle on pique-niquera les orteils au frais, son moulin et une chouette auberge (en saison, glaces et sorbets artisanaux), où locaux et gens de passage regardent la vie avancer à petits pas.

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Pour le prix de quelques centaines de canards gras ou de trois tracteurs, des maisons sont à vendre au centre-bourg. Elles attendent sereinement l’arrivée du prochain baron de Bourdeilles.

Santorin

Sur la muraille de Chine

Marcher : 10 km (aller)
Manger : à Oia



Les lecteurs assidus de marchermanger connaissent l’appétence assumée de l’auteur pour les thèmes mer, volcan et île, et de fait leur surreprésentation statistique dans la production de ce dernier. Le présent post ne fera qu’accentuer ce biais, sorry guys!

Car vous savez tous que Santorin est une île méditerranéenne volcanique.

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Où des ânes mélancoliques triment dur, sous l’ œil indifférent  de chats faméliques (on est sur une île cycladique). Véhicule privilégié du touriste occidental depuis Stevenson, voire même avant (comment imaginer le Grand Tour sans équidés ?), l’âne santorinois ne porte pas loin mais haut : du niveau de la mer à Firá (altitude : +588 marches). Un téléphérique construit en 1982 (voir ici un article de fond sur le sujet, à quoi bon continuer à décrire le monde alors que tout est déjà documenté ?) supplée au caractère peu fiable de l’espèce asservie (ici un témoignage de la misère existentiel des ânes de Santorin, décidément ce post ne sera que redite) et permet d’augmenter le débit montant de l’espèce dominante.

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Après l’ascension, la crête des falaises de Santorin offre un spectacle singulier. Le touriste cinéphile pensera à un processus de colonisation d’une créature exogène, ce que les données statistiques confirment (253,4 lits/km2, soit le record des Cyclades et un score astronomique au regard des performances françaises, lesquelles ne sont pas graduées au-delà de 100).

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Certains lits étant également équipés de spa, piscine ou terrasse meublée, voire même d’une chapelle orthodoxe, témoignant d’une stratégie commerciale tout à la fois agressive et originale, que les loueurs Airbnb de la Riviera auront du mal à égaler.

Les investissements consentis par ces munificents entrepreneurs indigènes attirent bien évidemment le chaland, parfois de fort loin. Il n’est donc pas rare de croiser d’honorables visiteurs asiates, dont certains auront bravé les recommandations de leur tour-operator (ne pas sortir de Firá car le meltem a tôt fait d’emporter les poids légers) pour baguenauder sur les sentiers côtiers en tongs et iPhone.

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Comment expliquer l’enthousiasme frénétique du tourisme international pour une si petite île ? Parmi les 227 îles grecques habitées ? Les triviaux rouages du marché de l’offre (grecque) et de la demande (chinoise), une pincée de marketing et voilà : 10 000 personnes débarquent chaque jour sur ce vieux volcan pacifique et le rendent infréquentable. Que faire contre un tel succès ? Les autorités promettent d’agir mais le marcheur changera d’île.

Mais reprenons la randonnée et disons un mot du chat cycladique. Tout autant mitraillé que son cousin l’âne, assez peu nourri lui aussi, il ne se plaint jamais, n’ayant pas à endosser la gestion du flux mondialisé des gros culs.

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Ici et là, on pourra croiser le résultat des efforts de scénarisation des professionnels de l’office du tourisme ou d’amateurs créatifs. Nul allusion au drame des réfugiés, juste une habile récup d’outils obsolètes, la pêche ayant cessé de nourrir le pêcheur local (lequel a suivi depuis un Fongecif pour se muer en pisciniste). Et de toute façon, il n’y a plus de poisson !

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A mi-chemin, on appréciera à sa juste mesure la vue sur la renommée caldeira de « l’île très belle », avant d’aborder la descente vers Oia, ancien village de pêcheurs et d’armateurs, aujourd’hui deuxième Plus Beau Village de Santorin.

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Ici encore, le génie urbain cycladique déploie sa maestria en un labyrinthe immaculé de chambres avec spa, édifié par une armée de maçons et peintres roumains.

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Les marcheurs encore vigoureux se lanceront dans les escaliers menant au port, où ils croiseront d’autres bêtes de somme chargés d’autres voyageurs du monde.

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oiaDans les restaurants du port, on applaudira les flambeurs asiates s’adjugeant de petits poissons avec de gros billets. Les impécunieux se régaleront de salades grecques et de moules au fenouil sauvage.

Le retour se fera en bus ou à pied, selon l’humeur.  L’option pédestre autorisera la visite d’un cimetière où un aéropage de chanceux défunts logés dans des cabines-maussolés vue mer partageront avec le marcheur leur silencieuse conversation.

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La journée dans le parc Disney-Santorin gagnera à être couronnée d’une visite au musée préhistorique de Firá, où sont exposées les fresques du site d’Akrotiri. Jeune pêcheur, singes bleus, enfants boxant et prêtresse aux seins nus laveront vos yeux des artefacts de la modernité croisés sur les sentiers de pierre-ponce. Et justifieront à eux seuls le lourd bilan carbone de votre vol international.

L’amusante croisière de la vie pourra alors reprendre son cours.

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Albufera, Valence

Al-buhayra, la petite mer

Pédaler : 40 km (aller-retour)
Manger : un arroz a banda à El Palmar



Une excursion au parc d’Albufera pour pédaler dans les traces du maréchal d’empire Louis-Gabriel Suchet, duc éponyme, se perdre dans une lagune arabo-andalouse, étudier l’étymologie de calabaza, calebasse, carabassa (catalan), cabaza (portugais), caravazza (sicilien), kerbah, pluriel kerâbat (arabe), espèce endémique dans les jardins ouvriers d’El Saler et d’emploi varié, franchir rizières et canaux, mitrailler canards et hérons, engloutir un arròs a banda avec son pot d’aïoli à El Palmar, réfléchir au concept de médiance durant la digestion, ramener une anguille pour le dîner.

Pour ne pas se perdre, rien ne vaut une bonne carte :